Table des matières
Le contexte
En vue de la dernière séance du Conseil général de Ballens du 12 décembre 2024, une interpellation a été déposée le 3 décembre 2024.
Cette interpellation portait sur quatre points:
- Quels sont les termes du contrat liant notre Commune de Ballens avec l’entreprise Holcim concernant la parcelle n° 476 de 604’000 m2 qui est destinée à l’implantation d’une gravière? (durée, retombées financières pour la Commune, remise en état).
- Quelles études d’impact ont été réalisées et comment y avoir accès?
- Quels sont les rôles et attributions de la Commission Gravière nommée le 13 juin 2019?
- Où en est la rédaction du PECC (Plan Énergie et Climat Communal)?
Devant le refus du Conseil Général de donner le droit à la Municipalité de répondre à ces questions pendant le Conseil général du 12 décembre, ses membres, par vote lors dudit Conseil, ont demandé la tenue d’un Conseil général extraordinaire qui a été fixé par la Municipalité de Ballens le 20 mars 2025.
Compte rendu du Conseil général extraordinaire du 20 mars 2025
Un Conseil général extraordinaire a eu lieu à Ballens le 20 mars 2025, suite au dépôt d’une interpellation par un membre du Comité de l’Association de sauvegarde des Bois de Ballens et environs (ASBBE), également membre du Conseil général.
Le but de cette séance était de répondre aux questions posées dans cette interpellation, questions qui concernent directement le projet de méga gravière du Sépey prévue dans les Bois de Ballens en 2027.
Étaient présents la Municipalité de Ballens et l’ensemble du Conseil général.
La Municipalité a en outre invité deux personnes: Monsieur Raphaël Yersin de la Direction générale de l’environnement (DGE) et l’ingénieur consultant externe, Monsieur Antoine Margot, membre de la direction d’Impact-Concept SA.
À notre connaissance, jamais une séance du Conseil général n’avait duré aussi longtemps: cela montre à quel point ce sujet est important pour le village et la région.
Un Groupe de suivi du projet de la gravière du Sépey a eu lieu le jeudi 13 mars 2025: la Commission gravière du Conseil général en a fait un compte rendu détaillé.
À noter que l’ASBBE a également été invitée à ce groupe de suivi, mais seul un membre du Comité a été autorisé à y participer.
Les principaux axes du projet de la gravière ont été présentés aux membres du Conseil.
Ce qu’il en ressort:
- Surface de la gravière: 62 hectares, dont 43 hectares de forêt seront rasés;
- Explosion du trafic de camions: plus de 200 passages de camions par jour, un camion toutes les deux minutes sortira de la gravière;
- Des quantités importantes d’eau seront utilisées pour le nettoyage du gravier: l’utilisation des eaux communales de Ballens, en cas de besoin urgent (sécheresse), n’a pas pu être écartée.
À aucun moment dans cette présentation n’a été abordé le projet de pompage de l’eau de lac pour arroser les terres agricoles au pied du Jura (« Vallée sèche »).
Dans ce projet, l’eau ne semble pas un problème…
En cas de pénurie d’eau, le village sera privilégié et les exploitants de la gravière devront s’alimenter ailleurs. Il a même été évoqué un transport d’eau par camion.
Dans l’assemblée, seules cinq personnes hors ASBBE ont pris la parole. S’agit-il d’un état de sidération devant un projet d’une telle ampleur ? Les questions ont été posées en très grande majorité par les membres du Comité de l’ASBBE s’opposant au projet de gravière.
Ce qu’il en ressort, du point de vue de l’ASBBE, c’est que l’information à la population des villages de la région, qui seront impactés par le trafic de camions et potentiellement par des pénuries d’eau, est lacunaire.
Une séance d’information publique sur ce méga projet, ouverte à tout.e citoyen.ne de Ballens et environs, et organisée bien avant la mise à l’enquête, a d’ailleurs été demandée une nouvelle fois. Il a été également demandé tant au représentant du Canton qu’ à la Municipalité de soutenir l’organisation d’une séance d’information ou de toute autre forme d’information.
En conclusion, cette assemblée a permis de répondre à certaines interrogations, mais l’ASBBE considère que beaucoup de questions restent sans réponse quant à l’impact phénoménal qu’aura cette gravière sur toute une région et ses habitant.es.
L’avis de l’ASBBE à propos de ce Conseil général
L’ASBBE tient d’abord à remercier la Municipalité d’avoir organisé cette séance.
L’idée d’inviter Monsieur Raphaël Yersin de la Direction générale de l’environnement (DGE) et l’ingénieur consultant externe, Monsieur Antoine Margot, membre de la direction d’Impact-Concept SA était bonne en tant que telle, mais:
- cette invitation s’est transformée en une séance de présentation du projet par le représentant du Canton, grandement favorable (et c’est un euphémisme) à la gravière et au représentant des graviéristes;
- elle n’était pas à l’ordre du jour, ce qui n’a pas permis à l’ASBBE de présenter son point de vue étayé lors de cette séance;
- s’agissant finalement d’une séance d’information montrant le « bien-fondé » du projet de gravière au bois du Sépey, cette dernière ne visait que les membres du Conseil général, laissant de côté tous les habitant·e· s qui n’en font pas partie;
- de nombreuses questions soulevées par l’ASBBE n’ont pas trouvé de réponse, notamment le problème de la libération du CO2 et la destruction de la biodiversité lors de la coupe d’une si grande forêt.
Nous regrettons de ne pas avoir été avertis du changement de l’ordre du jour qui nous aurait permis de donner notre point de vue également à travers une présentation de notre argumentation.
Pour faire court, cette argumentation, nous vous la livrons ci-dessous.
Il s’agit d’une version résumée d’un argumentaire élaboré fin mars 2025.
Argumentaire résumé de l’ASBBE
Introduction
L’Association pour la Sauvegarde des Bois de Ballens et Environs (ASBBE) s’oppose aux projets de gravières au Pied du Jura, notamment celui de la gravière du Sépey à Ballens. Ce projet implique la destruction de 43 hectares de forêt, ce qui aurait des impacts significatifs sur l’environnement local.
Destruction d’une forêt millénaire
- Impact écologique: les forêts du Pied du Jura sont des réservoirs de biodiversité avec de nombreuses espèces protégées. La destruction de ces forêts entraînerait une perte significative de biodiversité et nécessiterait des décennies pour se régénérer.
- Projet de gravière: le projet prévoit la coupe d’arbres en tranches sur 5-6 ans, suivi d’un comblement avec des gravats. Cependant, la renaturation complète du site prendrait entre 50 et 240 ans.
Impact sur le climat local
- Rôle des forêts: les forêts jouent un rôle crucial dans la régulation du climat local en atténuant les écarts de température grâce à l’évapotranspiration.
- Réchauffement climatique: le réchauffement climatique en Suisse est marqué (+2.7 °C entre 2014 et 2023), et les forêts sont essentielles pour limiter cet impact.
Impact sur l’eau
- Bassins naturels: les forêts du Pied du Jura servent de bassins d’accumulation d’eau souterraine, alimentant sources et ruisseaux.
- Risques pour les sources: la gravière pourrait réduire la capacité des sols à filtrer et conserver l’eau, menaçant la qualité et la quantité des sources locales.
Non-respect des objectifs climatiques
- Plan Climat Vaudois (PCV): le Canton vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais les projets de gravières vont à l’encontre de ces objectifs.
- Émissions supplémentaires: la destruction de forêts et l’exploitation de gravières augmentent les émissions de CO2.
Transport et nuisances
- Transport par la route: la majorité du transport se ferait par camions (60%, très certainement plus dans un premier temps), générant des émissions supplémentaires et des nuisances sonores pour les communes traversées (Aubonne et Apples, mais bien d’autres également seraient fortement impactées).
- Contradictions: le Canton promeut le transport par rail, mais les projets actuels ne permettent pas d’atteindre cet objectif ou que très partiellement.
Économie circulaire
- Besoins en granulats: les besoins en granulats pour le béton sont importants, mais l’accent devrait être mis sur le recyclage, la rénovation des bâtiments, les matériaux alternatifs (bois, terre, carton, paille etc. — voir nos différents articles sur le sujet — et la réduction des déchets.
- Gaspillage: le gaspillage de ressources est critique, avec des quantités massives de terres excavées utilisées pour combler les gravières.
Conclusion de l’argumentaire
L’ASBBE demande l’abandon des projets de gravières pour préserver les forêts, l’eau, et le climat local. Les objectifs climatiques et environnementaux du Canton de Vaud sont compromis par ces projets, qui créent des contradictions et des inquiétudes parmi la population.
Conclusion générale
La présentation qui a été faite lors du Conseil général du 20 mars à Ballens ne nous rassure pas.
Pour l’ASBBE, même si des précautions sont prises par le canton et les graviéristes, et que leurs arguments peuvent sembler rassurants, rien ne dit que les promesses seront tenues, l’histoire, même récente de certaines décharges ou carrières nous le montrent bien.
De plus, détruire une forêt, en 2025, est un non-sens absolu, alors que, dans le même temps, certaines villes se vantent, et c’est d’ailleurs une excellente chose, de planter quelques centaines d’arbres pour rafraîchir et « aérer » les villes.
En tenant compte d’une moyenne de 500 arbres à l’hectare, c’est près de 22’000 arbres qui seraient abattus pour cette première étape de gravière du Bois du Sepey.
22’000 arbres adultes qui jouent un rôle avec lequel la plantation de tout jeunes arbres ne pourra pas régater, et nous ne parlons même pas dans cette conclusion des dégâts irréversibles portés au sol, et à l’eau de la région.
Parce que oui, ce projet n’est qu’une première étape: n’oublions pas que le gisement du bois du Sépey, c’est 18.5 millions de m3 de gravier.
Le projet présenté ne concerne « que » 8.5 millions de m3.
Et la suite arrive en ce qui concerne le bois du Sépey puisqu’il reste, selon le canton, 10 millions de m3 à exploiter ensuite, sans compter la gravière des Bougeries, près d’Apples, qui devrait ouvrir bientôt, et qui va toucher, elle aussi des hectares de forêt.
L’ASBBE reste fermement opposée à ces projets, et elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour les empêcher de voir le jour.